Favorites Royales

Les soeurs Nesle, favorites de Louis XV

Louise de Mailly : 

Aînée des cinq filles de Louis III de Mailly, marquis de Nesle, et d’Armande Félice de La Porte Mazarin, Louise Julie naît le 16 mars 1710, la même année que Louis XV. Elle n’a que seize ans lorsqu’elle épouse, en 1726, son cousin Louis Alexandre de Mailly, comte de Mailly-Rubempré. Grâce à sa haute naissance, Louise entre dès l’âge de dix-neuf ans au service de la reine Marie Leszczynska comme dame d’honneur. La jeune femme est ainsi délivrée de son époux qui n’apprécie pas la cour et  préfère demeurer sur ses terres. Le roi  remarque la jeune femme dès 1732 mais n’entreprend pas de la courtiser car il est encore très épris de son épouse. Pourtant, les grossesses à répétition de la reine, ainsi que ses nombreuses indispositions, commencent à lasser le monarque . Ainsi, et avec la complicité du Cardinal de Fleury, Louise entreprend une relation avec le roi pour le sortir de son ennui. Leur liaison reste secrète jusqu’en 1737,  les deux amants utilisant des portes et couloirs dérobés pour se voir. En 1738 Marie Leszczynska ferme définitivement la porte de sa chambre au roi pour raison de santé. Louis s’affiche alors publiquement et sans scrupules avec la comtesse de Mailly. Louise est certainement celle qui, parmi les sœurs Nesle, aime le roi d’un amour totalement désintéressé. Celui-ci d’ailleurs, ne lui donne presque rien puisqu’elle qu’à l’inverse de nombreuses favorites, Louise ne lui demande aucune faveur. De ce fait, la pension que Louis XV lui verse reste bien maigre et Louise va jusqu’à porter des robes trouées et usées. Dans sa grande bonté – et naïveté-  la comtesse de Mailly  introduit bientôt à Versailles sa sœur Pauline, qui vient de finir son éducation au couvent. Pauline est aussi vive, insolente et charmante que sa sœur aînée est réservée, timide et sans grande beauté. Il apparaît bien vite que Louise ne sert plus que de paravent aux amours du roi et de sa sœur, celle-ci étant mariée et le roi ne parvenant pas à se détacher de sa première maîtresse. En 1741, Pauline décède brusquement et Louis retourne auprès de la comtesse de Mailly. Une fois de plus, Louise fait entrer à la cour l’une de ses sœurs, la plus jeune, Marie-Anne. Louis XV met alors définitivement un terme à sa relation avec la comtesse de Mailly. Celle-ci quitte alors Versailles en 1742 pour Paris où, honteuse, elle porte désormais un cilice. Louise de Mailly-Nesle meurt le  5 mars  1751 à quarante et un ans. Elle est inhumée au cimetière des Innocents. Sans enfant, elle désignera son neveu, Charles-Emmanuel de Vintimille, comme son héritier. 

Portrait supposé de Louise-Julie de Nesle,
par Alexis Grimou


Pauline de Vintimille : 

Seconde fille du marquis de  Nesle, Pauline Félicité naît le 1er août 1712 à Paris et passe sa jeunesse au couvent de Port Royal. Dotée de beaucoup d’esprit, elle a très vite envie de rejoindre sa sœur aînée à la cour lorsqu’elle apprend sa situation de favorite royale. Après lui avoir longuement manifesté par écrit son désir de la rejoindre à Versailles, Pauline rencontre Louis XV en 1739. La jeune sœur de Louise a le don d’amuser le roi qui commence à s’ennuyer de la comtesse de Mailly. Louis tombe alors fou amoureux de la jeune femme mais refuse d’en faire sa maîtresse tant que celle-ci n’est pas mariée. Le 28 septembre 1739, Pauline épouse Jean Baptiste Félix de Vintimille, marquis de Luc,  à qui le roi verse une somme d’argent considérable pour qu’il se retire bien loin de sa nouvelle épouse (le mariage ne fut jamais consommé). Bien vite, il apparaît que la comtesse de Vintimille est enceinte du monarque, au grand désespoir  de la reine. Alors qu’elle arrive au terme de sa grossesse, Pauline est soudain victime de fortes fièvres et l’on craint pour sa santé ainsi que pour la vie de l’enfant qu’elle porte. Elle accouche le 2 septembre 1741 d’un fils prénommé Charles-Emmanuel et reconnu officiellement par le comte de Vintimille. Beaucoup le surnomment  “le demi-Louis” en raison de sa grande ressemblance avec son véritable et royal père. L’enfant survit donc mais la mère est de plus en plus faible. Pauline de Vintimille rend l’âme le 9 septembre dans d’atroces souffrances. Elle fut certainement le plus grand amour du roi, qui reste cloîtré dans sa chambre durant trois jours après la mort de Pauline, allant jusqu’à demander que l’on fasse un moulage du visage de sa bien aimée. Bien que des rumeurs d’empoisonnements coururent, on pense aujourd’hui que la comtesse de Vintimille mourut des suites de l’accouchement.

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Pauline Félicité de Nesle,
par Jacques André Avet


Diane et Hortense de Nesle :

Diane Adélaïde, née le 13 janvier 1714, est la troisième sœur de la grande famille Nesle. Très intelligente, Diane côtoie d’abord le monde sous le nom de Mademoiselle de Montcavrel.  Après la mort de la comtesse de Vintimille en septembre 1741, le roi réclame sa présence à la cour, avec peut-être la secrète intention  d’en faire sa maîtresse. Devant le “défilé” des soeurs Nesle, certains courtisans s’interrogent  sur le caractère de Louis XV et l’on se demande  si “choisir une famille entière, est-ce être infidèle ou constant ?” A la fin de l’année 1741, Mademoiselle de Montcavrel arrive à Versailles alors que Louis XV s’est de nouveau rapproché de sa sœur aînée Louise. Le 19 janvier 1742, Diane épouse Louis de Brancas, duc de Lauraguais. Mais cette même année elle doit fuir la cour précipitamment car des rumeurs prétendent que Louis XV a déclaré coucher entre les deux sœurs. Pour éviter un scandale,  la duchesse de Lauraguais quitte  Versailles. Si il est admit qu’elle fut la maîtresse de Louis XV, sa faveur demeura bien éphémère. En novembre 1744, Diane met au monde une fille qui s’éteindra  quatre ans plus tard. La duchesse de Lauraguais réapparaît à la cour sous le “règne” de la marquise de Pompadour : de 1745 à 1746, elle est dame d’atours de la première dauphine avant de reprendre cette fonction auprès de la seconde bru de Louis XV, de 1747 à 1767. La duchesse de Lauraguais décède à Paris le 30 novembre 1769. 

Hortense Félicité naît  à Paris le 11 février  1715. Titrée Mademoiselle de Chalon, elle épouse François de Fouilleuse, marquise de Flavacourt, le 21 janvier 1739. La jeune femme évite le lit du roi bien que ce dernier tente de la faire venir à Versailles après le départ de sa soeur  Diane. Le duc de Richelieu est mandaté à plusieurs reprises auprès de la jeune femme qui ne cède pas aux avances du monarque. Il faut dire que Louis XV ne trouve pas un mari très coopérant en la personne du marquis de Flavacourt qui aurait menacé Hortense de la tuer si elle devenait “putain comme ses soeurs”.  De plus, à l’inverse de ses soeur, la jeune femme est connue de tous pour sa  grande vertu et sa profonde pitié, qui l’ont peut-être aidé à resister aux avances du roi.  La duchesse de Flavacourt demeure ainsi la seule des cinq sœurs à ne pas recevoir s’offrir à Louis XV. Elle verra disparaître les deux enfants qu’elle a donné à son époux : sa fille, Adélaïde, marquise de Mauny, elle décède en couches à l’âge de 17 ans, en 1759. Quant à son fils, Auguste-Frédéric, colonel des régiments de la reine, est tué en 1762 à l’âge de 22 ans, sans alliance. Veuve en 1763, la duchesse de Flavacourt survit à la Révolution Française et s’éteint en 1799. 

Diane Adélaïde (à gauche) et Hortense Félicité (à droite) par Jean Marc Nattier
Diane Adélaïde (à gauche) et Hortense Félicité (à droite) par Jean Marc Nattier

Marie-Anne de Châteauroux :

Dernière des cinq sœurs Nesle, Marie-Anne naît le 5 octobre 1717 et est titrée Mademoiselle de Monchy. Elle est très affectée par le décès de sa mère, survenu en 1729, elle est alors confiée à une tante avec sa sœur Hortense. Marie-Anne épouse en juin 1734 le marquis Jean Baptiste de La Tournelle.  En 1740 celui-ci meurt prématurément, laissant à sa veuve une grande fortune en héritage. Bientôt, la marquise se tourne vers sa sœur aînée, Louise, qui vit à la cour. Celle-ci la fait entrer au service de la reine en 1742 en tant que dame du palais. La jeune femme, d’une très grande beauté, se fait bien vite remarquer par Louis XV mais affirme ne pas chercher à devenir sa maîtresse. Pourtant, lorsque le roi la courtise en novembre 1742, Marie-Anne accepte de devenir sa favorite s’ il consent à renvoyer Louise de Mailly et à la faire duchesse. Louis XV ploie et la sœur aînée est renvoyée en décembre. Marie-Anne est titrée duchesse de Châteauroux. Le roi cède à tous les caprices de sa maîtresse et celle-ci devient vite impopulaire, autant auprès du peuple que des courtisans. En août 1744, le roi tombe malade. Autour de lui, les membres du clergé lui demandent de renvoyer la duchesse de Châteauroux, sans quoi, son âme ne pourra être sauvée. La favorite est huée par la foule et mise de côté par le souverain. Bien que considéré comme perdu, le roi se remet de sa maladie et, malgré sa promesse à la reine de ne plus jamais lui être infidèle, il rappelle Marie-Anne en novembre. Après de folles retrouvailles, la duchesse meurt subitement deux semaines plus tard, le 28 décembre. Certains pensent à un empoisonnement, ce qui ne fut jamais attesté. Avec la mort de Marie-Anne de Châteauroux s’achève le règne de la famille Nesle sur Louis XV. Leur père, qui ne lamentait de ne pas avoir eu de fils, a quand même laissé son nom dans l’histoire…

La duchesse de Châteauroux par Jean Marc Nattier, en 1740
La duchesse de Châteauroux “en point du jour” par Jean Marc Nattier, en 1740

Après les quatre sœurs Nesle, Louis XV aura encore – officiellement – deux favorites ainsi que  de multiples petites maîtresses, qui lui donneront une dizaine d’enfants naturels. 

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