Reines de Jadis

Clotilde, première reine des francs

Née à Lyon vers 475, Clotilde appartient à la dynastie des Burgondes. Elle est élevée par sa mère Agrippine (dite également Caretina) dans la religion catholique, cette dernière étant profondément chrétienne. Pour son malheur -et pour celui de sa famille – Clotilde n’a pas vu le jour dans des années prospères. Depuis la mort de son grand-père, Gondovée, le père de la fillette, Chilpéric II, doit faire face à son frère aîné Gondebaud qui entend s’approprier l’héritage de son cadet, à savoir la région de Lyon. En 491, Gondebaud fait trancher la tête de Chilpéric et, fait jeter dans un puits sa veuve ainsi que leurs deux fils, une pierre au cou. De la famille de Chilpéric, ne reste que deux filles : Chroma et Rotilde ( prénom transformé en “Clotilde” au cours du Moyen Age, suite à une confusion de lecture). Les filles de Chilpéric échappent à la mort grâce à leur sexe, car elles sont jugées peu gênantes. C’est leur oncle Godegisil -un autre frère  de Chilpéric II – qui recueille les deux orphelines et les place dans un monastère. Chroma meurt peu après. Quant à Clotilde, elle garde la religion catholique de sa mère tout en développant un désir de vengeance vis-à-vis de Gondebaud.

Clotilde invoquant Saint Martin (XVe siècle)
Clotilde invoquant Saint Martin (XVe siècle)

Clovis, roi des francs depuis 481, entend parler de la jeune descendante de la puissante famille des Burgondes. Il demande alors sa main à son oncle, l’assassin même des parents de l’intéressée, qui ne voit pas d’un bon œil l’entrée dans sa famille d’un guerrier mérovingien. Pourtant, après maintes négociations, Gondebaud cède et remet sa nièce à Clovis. Le roi l’épouse à Dijon en 493 puis s’installe à Soissons avant de s’établir à Paris, nouvelle capitale du royaume des francs, à partir de 508. Le mariage est prolifique car dés 494, la reine met au monde un premier fils, Ingomir. Clotilde doit avoir une certaine influence sur son époux car elle parvient à faire baptiser son enfant alors que Clovis est un roi païen croyant en plusieurs divinités. Hélas, Ingomir meurt rapidement et le roi vient à penser que la mort de son fils est un signe de colère des dieux francs. Cependant, lorsqu’en 495 Clotilde met au monde un second fils, elle obtient encore une fois de son époux que leur enfant soit baptisé. Cette fois l’héritier, prénommée Clodomir (futur roi d’Orléans), vivra. Après ces deux fils, la reine donnera encore trois enfants à Clovis :

– Childebert Ier (vers 496-558) roi de Paris 
– Clotaire Ier (vers 497-561) roi de Soissons et de Reims puis roi des Francs 
– Clotilde (née entre 502 et 511- morte en 531) épouse du roi des Wisigoths

Clotilde et Clovis, par Antoine-Jean Gros (XIXe siècle)
Clotilde et Clovis, par Antoine-Jean Gros (XIXe siècle)

Après le baptême consenti pour ses enfants, Clotilde cherche à convertir son époux au catholicisme. Elle se fait aider dans sa démarche par l’évêque de Reims. Face aux demandes de la reine, Clovis aurait répondu : « Ce n’est pas moi qu’il faut persuader, ce sont les hommes de ma bande ». En effet, comment les guerriers fidèles à Clovis allaient-ils réagir en voyant leur chef délaisser leurs dieux ? Cependant, le roi des francs a compris que sa conversion lui apporterait le soutient non négligeable de l’Eglise et qu’il gagnerait un certain prestige face aux peuples catholiques qu’il soumettrait en grand conquérant qu’il est.  En 496, alors que Clovis mène une bataille contre les Alamans sur la rive droite du Rhin, la victoire semble lui échapper. La légende veut que le roi des francs se soit exclamé : « Dieu de Clotilde ! Si tu m’entends, donne-moi la victoire ! Je te promets de me convertir à la religion chrétienne ! ». L’ennemi aurait alors reculé, comme par miracle : ce jour là, Clovis triomphe. Le 25 décembre de la même année, le roi et des milliers de guerriers se font baptiser. Son épouse n’omet pas de lui rappeler que l’assassin de sa famille est toujours en vie et elle presse Clovis de la venger. Sensible à la demande de Clotilde, Clovis s’allia avec Godegisil contre Gondebaud. L’oncle protecteur de la reine des francs est tué en 500 par son frère aîné mais ce dernier est battu par Clovis la même année près de Dijon. Gondebaud perd son pouvoir au profit du roi des francs. Durant les dernières années de son règne, Clovis neutralise les Wisigoths d’Aquitaine et agrandit le royaume franc qui s’étend désormais des Pyrénées jusqu’au-delà du Rhin en 507. L’époux de Clotilde meurt le 27 novembre 511 à Paris. Ne s’estimant toujours pas assez vengée de Gondebaud, elle demande à ses fils de faire disparaître l’héritier de ce dernier, Sigismond. Elle aurait eu ces mots : « Faites que je ne me repente pas de vous avoir nourri .Vengez le meurtre de mon père et de ma mère. » Dans cette guerre, Clotilde perd son fils aîné, Clodomir, tué au combat par Sigismond le 21 juin 524.

Sainte Clotilde en prière au pied du tombeau de Saint Martin, par Carle Van Loo (XVIIe siècle)
Sainte Clotilde en prière au pied du tombeau de Saint Martin, par Carle Van Loo (XVIIe siècle)

Tandis que les deux frères du défunt Clodomir s’arrangent sur le partage du royaume, Clotilde prend en charge l’éducation des trois fils laissés par son fils aîné : Théobald, Gontaire et Clodoald. Bientôt, Childebert et Clotaire propose à leur mère de s’occuper de leurs neveux afin de les initier au métier de roi. Clotilde laisse partir ses trois petits-fils. Il ne se passe pas longtemps avant qu’un messager ne délivre le message suivant à la reine : « Tes fils désirent connaître ta volonté à l’égard de ces trois enfants. Faut-il qu’ils vivent avec les cheveux coupés ou qu’ils soient tués ? ». Clotilde répond fièrement  : « plutôt morts que vifs ». En effet, à l’époque mérovingienne, pour régner, il fallait avoir une longue chevelure de laquelle les rois étaient censés tirer leur puissance et leur pouvoir. Impossible de monter sur le trôner sans cheveux. Comment Clotilde peut-elle préférer voir périr ses petits-fils plutôt qu’ils vivent sans espoir de pouvoir régner ? Il faut dire que la reine tient énormément à l’honneur de sa famille. N’a-t-elle pas réclamé vengeance à son époux puis à ses fils pour le meurtre de ses parents afin de rétablir l’honneur des Burgondes ? Pense-t-elle que ses fils seront incapables de faire du mal à leurs neveux malgré leur menace ? C’est se tromper. Théobald et Gontaire sont égorgés par les mains de leurs oncles. Quant au petit Clodoald, il parvient à échapper au massacre et deviendra moine, préférant la tonsure à la couronne. Il fondera un monastère qui portera le nom de son créateur canonisé : Saint-Cloud ! 

Statue de Sainte Clotilde à Notre-Dame de Corbeil (XIIe siècle)
Statue de Sainte Clotilde à Notre-Dame de Corbeil (XIIe siècle)

Une fois leurs neveux supprimés, Childebert et Clotaire se disputent au sujet d’un nouveau partage que Clotilde doit arbitrer pour éviter de nouveaux meurtres. Une fois la paix revenue entre les deux frères, Clotilde se retire à Tours, dans la basilique consacrée à Saint-Martin. C’est là qu’elle meurt le 3 juin 545. Sa pieuse réputation et son rôle dans la conversion des francs lui valent d’être canonisée. Le culte de Sainte-Clotilde est associé à celui de Sainte-Geneviève.

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